Le gaz naturel, atout de la transition énergétique

Le nouveau mix énergétique français, qui prévoit une diminution du nucléaire et une augmentation conséquente du renouvelable, ne pourra être effectif que lorsque les énergies vertes seront suffisamment développées. En attendant, le recours au gaz naturel apparait comme le palliatif idéal, à en croire de nombreux experts. 

Après plusieurs mois de discussion parlementaires, la loi sur la transition énergétique a finalement été adoptée mercredi 22 juillet dernier. Dans l’ensemble, la mouture finale correspond à ce qu’avait annoncé François Hollande en 2012, lorsqu’il présentait le texte comme l’un des plus importants du quinquennat. Le gouvernement et la majorité présidentielle auront tenu bon face à l’opposition, particulièrement farouche sur certains points, dont la diminution de la part du nucléaire dans le mix énergétique – de 75 à 50 % d’ici 2025. En échange, la loi prévoit d’augmenter le ratio d’énergies renouvelables, sources propres par excellence, mais intermittentes. Afin d’y remédier, certains préconisent le recours au gaz naturel, qui reste la moins nocive des énergies fossiles.

Le gaz naturel pour soutenir les énergies renouvelables

Sans remettre en cause le nécessaire développement des énergies renouvelables, la transition énergétique ne peut être une réelle transition sans source d’énergie alternative, qui vienne pallier, d’un côté, la diminution du nucléaire et, de l’autre, l’insuffisance – pour l’instant – des énergies vertes. « Actuellement, dans les grands pays industriels, le renouvelable ne peut à lui seul assurer une production électrique répondant de manière satisfaisante à la stabilité ou, au contraire, aux fluctuations de la demande », d’après Alain Dollet, directeur adjoint scientifique au CNRS.« Tant que des procédés efficients de stockage de l’électricité ne seront pas déployés au sein de réseaux plus ”intelligents”, on aura recours aux centrales thermiques classiques, et, si l’on n’y brûle pas du gaz, ce sera du pétrole, ou pire, du charbon », conclut-il. Patrick Crigui, économiste affilié au CNRS, abonde dans son sens :« Malgré la montée en puissance des sources renouvelables telles que l’éolien, le solaire ou la biomasse, il n’existe à court et à moyen termes aucune solution de substitution totale aux énergies fossiles. »

Le recours au gaz naturel semble donc tout indiqué. Cette source énergétique est facile à stocker et à distribuer, mais également mobilisable à tout moment, ce qui présente un avantage certain en cas de pic de consommation électrique. D’autant plus que le gaz naturel reste l’énergie fossile la moins polluante ; tandis que 1 kWh produit avec du méthane – ou gaz naturel – ne recrache que 400 gramme de CO2, le pétrole et le charbon en émettent respectivement 600 et 800 grammes. Hors de question, par conséquent, d’imiter des pays comme l’Allemagne, qui pour faciliter leurs transition énergétique, maintiennent leur recours au charbon par exemple. Comme le résume Alain Dollet, « le gaz n’est ni la panacée ni le cauchemar de la transition énergétique, mais il est appelé à jouer un rôle important dans la diversification des sources d’énergie qui permettront d’assurer cette transition. »

« La part du gaz naturel dans la consommation énergétique française est susceptible de s’accroitre »

En France, la question du rôle joué par le gaz naturel à court et long termes dans la nouvelle politique énergétique doit donc être posée. Preuve qu’ « énergies renouvelables » et « méthane » ne sont pas indissociables : le gestionnaire du réseau de distribution du gaz naturel (GRDF) considère la transition énergétique « comme une opportunité pour positionner l’énergie gaz et ses nouveaux usages dans le paysage énergétique de demain. » La filiale d’Engie – ex-GDF-Suez – mise même « sur les filières vertes afin d’atteindre les objectifs environnementaux requis par la transition. »

Au niveau de l’Etat français, on est également conscient du rôle joué – et à venir – par le gaz naturel. « Depuis 1973, la consommation de gaz a crû plus rapidement que celle des autres énergies. Sa part dans le bilan énergétique national a donc pratiquement doublé entre 1973 et 2008, passant de 7,4 % à 15 % », renseigne le ministère de l’Ecologie sur son site internet. « La part du gaz naturel dans la consommation énergétique française est susceptible de s’accroitre encore à l’avenir, en raison notamment du développement de nouveaux usages tels que l’utilisation du gaz naturel pour véhicules par exemple », peut-on lire également. La situation est sensiblement identique aux Etats-Unis, où Barack Obama vient d’annoncer, en marge de son plan de réduction des gaz à effet de serre, que la quantité de méthane dans le mix énergétique américain stagnerait d’ici 2030 à 30 % – contre 20 % pour le nucléaire. François Hollande s’est d’ailleurs empressé de saluer l’annonce du président américain, qui préfigure la Conférence mondiale sur le climat (COP21) du Bourget, en décembre prochain, et laisse entrevoir un esprit de concorde entre les nations pollueuses de la planète, dans le sens d’une diminution de leur empreinte écologique.

Pour ce qui est de la transition énergétique en France, celle-ci ne peut donc raisonnablement faire l’économie du gaz naturel, atout à la fois écologique – la moins polluante des énergies fossiles – et économique – son prix n’a pas arrêté de baisser ces sept derniers mois. Il convient de rappeler qu’il ne s’agit que d’un palliatif aux énergies renouvelables qui, celles-ci, sont appelées à se développer et à devenir, dans le futur, la norme.

 

 

 

Source: www.blogs.mediapart.fr